Qu’est ce qu’est devenu le modèle inuit dans les régions circumpolaires ?

Evolution de la situation :

Selon de récentes études

  • il semblerait que les aliments traditionnels ne fournissent plus maintenant en moyenne que 28 % des besoins énergétiques des Inuits (Downing et Cuerrier, 2011)
  • la pollution est extrêmement sévère sur les régions polaires du fait de la descente de l’air avec le froid, du fait que l’océan arctique est une masse d’eau peu en contact avec les autres, qui ne représente que 1,2% des océans reçoit 10% des déversements de fleuves pollués où cette pollution s’accumule avec un très faible effet de dilution et du fait de la bioconcentration par les mammifères marins (en particulier les polluants liposolubles et le mercure dans leur graisse), elle menace la survie des ours blancs, des narvals et des belugas affectés par une chute de la fertilité, des dépressions immunitaires et une explosion des cancers
  • l’exposition au mercure, au plomb (liée aux cartouches), au cadmium (liée au tabac), aux polluants dérivés des hydrocarbures, aux perturbateurs endocriniens (PCB, dioxines, furanes…) a considérablement augmenté                                                              (le saturnisme est 8 fois plus élevé chez les enfants inuit qu’au Québec et le taux de mercure 14 fois plus élevé – il est déjà trouvé anormalement élevé chez les foetus, ce qui est fortement corrélé à une réduction du développement cérébral et un triplement des troubles de l’hyperactivité et du déficit d’attention par rapport à celui des USA, déjà très élevé)
  • l’intensité de l’activité physique et de la mobilisation mentale a aussi considérablement diminué avec l’arrivée d’épiceries fournissant des aliments industriels
  • les aliments transformés riches en sel, sucres et graisses saturées sont devenus accessibles (Kuhlein et al, 2005). 
  • les Inuits étaient considérés comme épargnés par les cancers. Ce n’est plus le cas, dont en raison d’une augmentation de l’espérance de vie, puis à partir des années 1950 d’une pollution croissante de leur environnement et de changements importants de modes et conditions de vie
  •  les cancers du poumon (incidence la plus élevée du monde), du côlon, du col de l’utérus (aussi le plus élevé du monde) et du sein ont alors considérablement augmentés
  •  par contre les taux de cancers des os, des tissus conjonctifs, du cerveau, de l’œil, de la thyroïde ou des ovaires sont comparables à ceux de la population danoise ou de populations d’autres zones circumpolaires (Connecticut, Canada)
  • la fréquence des cancers de la peau est très faible, ce qui s’explique par l’ensoleillement effondré l’hiver et faible l’été

on observe une augmentation :

  • de l’infertilité (dans le district d’Upernavik la fertilité était en hausse jusqu’en 1960 et a ensuite fortement décliné, Kromann, Green, 1983)
  • de la mort subite du nourrisson
  •  de l’obésité, du syndrome métabolique
  •  du diabète (le diabète de type 2 est maintenant de 3 à 5 fois plus fréquents chez les « premières nations » que chez les canadiens)
  • de l’hypertension
  • des accidents vasculaires cérébraux
  • des maladies cardiovasculaires
  • mais aussi un accroissement exponentiel des dépendances de tous ordres (alcool, tabac, drogues), de la dépression et des suicides qui ont atteint une dimension épidémique : le taux le plus élevé au monde, 10 fois celui des canadiens, et particulièrement élevé chez les jeunes (Kral, 2012).

Pour en savoir plus :

Julie Langevin, La chasse traditionnelle inuit face aux changements climatiques et aux développements économiques : le cas des mammifères marins, www.usherbrooke.ca/environnement/fileadmin/sites/environnement/documents/Essais2012/Langevin_Julie_SCI_760_essai_version_finale.pdf

La nourriture dans le Grand Nord : de l’omble chevalier aux grignotines www.aadnc-aandc.gc.ca/fra/1303133639908/1303133786862

La cuisine inuit, http://iqaluit.free.fr/inuit/cuisine.html

Hélène Fagherazzi-Pagel, Des hommes victimes de l’ »occidentalisation » des modes de vie : le modèle des Inuits                http://recherchespolaires.inist.fr/?Des-hommes-victimes-de-l

Donaldson S.G. et al, Environmental contaminants and human health in the Canadian Arctic, 2010,  Sci Total Environ, 408, 5165-5234.

Bélanger M. C. et al. (2006). Dietary contaminants and oxidative stress in Inuit of Nunavik. Metabolism, 55(8), 989-995.

Ice-trapped pollutants poison polar bears’ diets, www.dw.de/ice-trapped-pollutants-poison-polar-bears-diets/a-5924711-1

McGrath-Hanna N. K. et al, 2003, Diet and mental health in the Arctic : is diet an important risk factor for mental health in circumpolar peoples ? – a review, International Journal of Circumpolar Health, 62(3), 228-241.

Lawrence Duffy et al, Arctic people and beyond : research opportunities in neuroscience and behavior, www.circumpolarhealthjournal.net/index.php/ijch/article/view/18265/20958

Hopkins S. E. et al. (2007). Keeping busy : a Yup’ik/Cup’ik perspective on health and aging. International Journal of Circumpolar Health, 66(1), 42-50.

Green A, Kromann N, Fertility and mortality 1950-1974 in the Upernavik district, Greenland, Scand J Soc Med. 1983 ;11(3):69-73.

Kral MJ., Postcolonial suicide among Inuit in Arctic Canada, Cult Med Psychiatry, 2012 ;36(2):306-25.

 

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