8 Août 2019 | 0 commentaires

4ème acte : pesticides : inquiétudes pour les enfants d’agriculteurs

Un professeur d’Endocrinologie Pédiatrique au CHU de Montpellier,Charles Sultan, observe une augmentation importante de diverses perturbations :puberté précoce (1 américaine sur 7 avant l’âge de 7 ans) et augmentation de la taille des seins chez les filles, triplement de la fréquence des malformations génitales, perturbations du développement psychomoteur chez les garçons retards de croissance in utero montée du surpoids, du diabète et des cancers du sein, du testicule (qui a augmenté de 50% en 20 ans), de la prostate et du rein chez les adultes.

Ayant déjà étudié les effets du distilbène et étant au courant de nombreuses études qui mettent en relation l’apparition de malformations génitales et troubles de la reproduction chez des animaux avec l’épandage de pesticides perturbateurs endocriniens, par exemple en Floride, où les biocides utilisés pour la culture des orangers se retrouvent dans les marais à des taux de 10 à 20 fois supérieurs aux autres régions, il cherche à comprendre les raisons de ces augmentations.

Il constate qu’elles sont spectaculairement plus fréquentes dans les milieux agricoles et viticoles : 28 % des nouveau-nés présentant une malformation génitale sont issus d’une famille d’agriculteurs alors que ce pourcentage n’est que de 14 % chez les enfants tirés au sort.

Comme ses prédécesseurs, le Pr Sultan s’est retrouvé face à d’intenses résistances. L’Institut de Veille Sanitaire ainsi que la Direction Générale

de la Santé contestent ses résultats, retardant la mise en place de mesures protectrices, avant de lâcher prise devant l’accumulation des études.

Pour en savoir plus : 

Vidéo Perturbateurs endocriniens et puberté précoce chez la fille dans le cadre de la table-ronde « Perturbateurs endocriniens : effets et mécanismes d’action de la conception à la maturité » organisée par WECF le 10 avril 2012 à l’Assemblée nationale

L’énigme des pubertés précoces www.lejdd.fr/Societe/Sante/Actualite/Pourquoi-le-nombre-de-pubertes-precoces-augmente-502662

L’audition de Charles Sultan au Sénat www.senat.fr/rap/r07-176-2/r07-176-270.html

5ème acte : les seins et les bébés aux premières loges

L’étude du liquide amniotique dans lequel les bébés baignent à l’intérieur du ventre de leur mère, du sang du cordon ombilical à la naissance ou de méconium, les selles du nouveau-né, révèle que les bébés sont exposés bien avant leur naissance à entre 200 et 300 polluants dont de nombreux perturbateurs endocriniens.

On retrouve par la suite pratiquement tous ces polluants dans le lait des mères allaitantes, qui continuent donc malgré elles, à passer ces toxiques à leur enfant.

La dernière étude commandée par l’Association Générations Futures, l’étude EXPPERT (pour EXPosition aux PERTurbateurs endocriniens), comptabilise la présence de plus de 21 perturbateurs endocriniens dans les tissus des françaises en âge de procréer.

Or, il n’est plus contestable que ce sont les fœtus  et les petits enfants qui sont les plus vulnérables à leurs effets qui vont bien au-delà des perturbations du développement sexuel, puisqu’ils touchent l’ensemble de la croissance, y compris du cerveau – étant responsables d’une perte jusqu’à 8 points de QI, les troubles psycho-comportementaux, les risques d’allergies, de vulnérabilité aux infections, de surpoids, de diabète et de cancers… des études récentes mettant aussi sur la piste d’un lien avec les maladies d’Alzheimer et de Parkinson.

Ce n’est pas étonnant quand on découvre qu’ils ne sont pas seulement des perturbateurs endocriniens, mais qu’ils interfèrent aussi via l’épigénétique(toutes les modifications qui prennent place autour de l’ADN) avec l’expression des gènes, des modifications durables et même transmissibles d’une génération à l’autre.

Par ailleurs le timing de ces expositions joue un rôle crucial.

La vulnérabilité est beaucoup plus grande lors de « fenêtres critiques » du développement embryonnaire, puis fœtal, 

puis du petit enfant. Carà ces périodes des doses infimes suffisent à produire des perturbations profondes et durables.

Ceci a une autre conséquence essentielle, c’est que cela met en cause entièrement les politiques de protection envisagées jusqu’à présent, fondées sur des doses admissibles : en dessous de telle quantité, pas de risque. 

Cela ne permet plus de se reposer sur ce qui est le fondement de la toxicologie depuis Paracelse « le poison est dans la dose » car il ne peut plus être appliqué avec les perturbateurs endocriniens.

Un point de conflit très sensible avec l’industrie qui s’est plus ou moins accommodée des DJA (doses journalières admissibles), mais qui ne veut pas admettre  ce schéma différent quant aux perturbateurs endocriniens.

Et ceci d’autant plus que nombre d’entre eux sont persistants dans l’environnement (POP) la plupart restent piégés dans les graisses du corps humain, car lipophiles (attirés par la graisse) s’ajoute un effet cocktail ce qui explique qu’ils continuent à avoir des effets délétères sur la santé d’un individu des dizaines d’années après la contamination via l’air, l’eau, les aliments, les cosmétiques, etc… 

De plus les doses admissibles ne tiennent pas compte de la taille des fœtus et des enfants qui peuvent se retrouver comme l’a démontré une étude sur une classe de perturbateurs endocriniens présents dans tous nos environnements, les retardateurs de flamme, avec des concentrations  en moyenne 3,5 fois supérieures à leur mère.

Le fait qu’ils soient plus près du sol jouerait aussi un rôle important du fait qu’ils inhalent plus de poussières. 

Or, les poussières concentrent et véhiculent les perturbateurs endocriniens.

Une journaliste américaine, Florence Williams, s’est retrouvée  en plein cœur de ce drame qui se joue en toute discrétion aux dépends des nouvelles générations et lui a dédié un livre, Seins : une histoire naturelle et anti-naturelle, qui a eu un retentissement international considérable.

Elle décrit en effet ce qu’on trouve aujourd’hui dans le ventre des femmes enceintes, dans les fœtus et dans les seins des mères qui allaitent : phtalates,bisphénols, DDT et autres pesticides comme le chlorpyrifos, le produit le plus utilisé contre les cafards, le malathion, le lindane utilisé contre les poux, fongicides, dioxines carcinogènes, dérivés bromés retardateurs de flamme, dérivés fluorinés des poêles anti-adhésives et produits de nettoyage industriels, parabènes, éthers de glyco let autres additifs de peintures, catabolites de combustion  des véhicules, perchlorate de carburants de fusées, etc…tous perturbateurs endocriniens associés à bien d’autres polluants non perturbateurs endocriniens, comme benzènes, toluène, MTBE (methyl tert-butyl éther),chloroforme, perchloréthylène, trichloréthylène, métaux lourds : plomb, cadmium et mercure….

Une étude réalisée chez 123 mères, observe du plomb dans 99,2% des sangs de cordon ombilicaux et dans 83,2% des laits maternels. (Pour les parisiennes, avec la volatilisation des 500 tonnes de plomb dans l’incendie de Notre-Dame, cela ne va pas être génial… pourquoi ne les protège-t-on pas ?)

Mais ceci n’est qu’un début, l’air ambiant des logements modernes apporte des quantités de 25 à 135 fois supérieures en composés organiques volatiles (VOC), selon une étude  de la célèbre université Johns Hopkins. Les auteurs notent une corrélation entre les quantités présentent dans l’air ambiant et celles que l’on retrouve dans le lait maternel.

Le bébé allongé sur le matelas de son berceau est « supplémenté » de près en tout en éventail de VOC,  les matelas neufs en polyuréthane étant les plus « généreux ».

S’il est incontestable que l’allaitement maternel est et restera irremplaçable au niveau de ses qualités nutritionnelles, immunitaires et de contribution au développement psycho-affectif, il apparaît crucial et urgent d’informer les parents sur les moyens pratiques de réduire les charges toxiques transmises aux bébés, in utero, par les seins et par le mobilier, les transports, etc…

Pour en savoir plus : 

Florence Williams, Breasts : a natural and unnatural history, 2012

www.nytimes.com/2012/09/16/books/review/breasts-by-florence-williams.html?_r=0

www.scientificamerican.com/article/earth-talks-breast-feeding/

Kim SRet al, Volatile organic compounds in human milk : methods and measurements, Environ Sci Technol, 2007, 41 (5) : 1662-7

Dursun Aet al, Maternal risk factors associated with lead, mercury and cadmium levels in umbilical cord blood, breast milk and newborn hair, J Matern Fetal Neonatal Med,2015 Apr, 1-8

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