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Y auraient-il de « bonnes drogues « pour remplacer le sucre, l’alcool, le surpoids, la cigarette et les médicaments sérotoninergiques ?

«Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse » écrivait Musset.

Et Baudelaire, dans ses Petits poèmes en prose :

« Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise,

mais enivrez-vous!

Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront, il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise »

Ces poètes prêts à payer le prix fort l’urgence de soulager, comme tant d’autres écrivains, d’artistes, leur spleen – ce qui n’en a pas évité à un grand nombre d’entre eux une disparition précoce et souvent par suicide…

Aujourd’hui nous avons la chance, en comprenant les mécanismes derrière ce mal être, de pouvoir choisir nos drogues et leurs doses, afin qu’elles bercent notre quotidien, sans nous détruire, et même,à l’opposé, de façon à ce qu’elles  augmentent notre énergie,notre longévité, notre créativité, notre maîtrise et notre estime de nous, comme celle des autres…

Les glucides lents

Contrairement aux sucres rapides qui font monter trop vite le glucose sanguin et induisent une redescente déstabilisatrice et qui ont de multiples effets délètères (glycation ou blocage des outils biochimiques, augmentation des graisses circulantes, risques de surpoids et de diabète, etc…), les glucides lents ont un effet sérotoninergique prolongé et stable sans avoir d’effets négatifs sur la santé.

Ce sont :

- les légumes secs

- les céréales complètes et semi-complètes

- les patates douces, le manioc

- les courges

- les chataîgnes…

La présence de fibres (légumes) et de protéines au même repas ralentissent aussi ces glucides. La cuisson laissant les aliments fermes, comme les pâtes al dente ou le riz qui reste un peu dur du risotto, ralentissent aussi leurs glucides.

Quelqu’un qui a une dépendance pour le sucre ou les autres manifestations de la dysfonction sérotoninergique peut devenir beaucoup plus stable en remplaçant à chaque repas les sucres rapides par des glucides lents.

Par exemple : flocons de quinoa, sarrasin, riz, chataîgne.. au lait de soja enrichi au calcium et aromatisé aux purées d’oléagineux bio (amandes entières, noisettes…) au petit déjeuner Ajout de riz al dente, de lentilles, de petits pois… dans la salade  du déjeuner
ajout de patate douce, potiron, courge spaghetti, courge musquée… dans la soupe ou la purée du dîner…

En cas de consommation de pain, choisir des pains aux céréales, semi-complets, mieux au levain, encore mieux sans gluten, encore mieux pas trop cuits (réactions de Maillard).

Les glucides lents sont d’autant plus importants à partir de 17H, moment où la sérotonine doit monter aux dépends de la noradrénaline et devraient largement dominer au dîner, alors que les protéines animales qui ont l’effet inverse devraient être plutôt consommées au déjeuner, éventuellement au petit déjeuner, associées à beaucoup de légumes.

Les oléagineux

Une équipe de l'Université de Barcelone a comparé un groupe de 22 personnes en surpoids abdominal consommant 30 grammes d'un mélange de noix de Grenoble, d'amandes et de noix brésiliennes quotidiennement et un groupe de 20 personnes devaient éviter les noix.

A la fin de l’étude, le groupe qui prenait des noix avaient des niveaux plus élevés de métabolites de la sérotonine.

Par ailleurs ces oléagineux ne font pas grossir, inhibent l’absorption des graisses saturées – en particulier grâce à l’arginine dont ils sont la source la plus riche -, améliorent les lipides circulants, réduisent les risques cardiovasculaires…

Le chocolat noir

Une très bonne nouvelle : le chocolat noir (à partir de 74% - ce qui laisse moins de place au sucre et sans lait) a non seulement des effets sérotoninergiques marqués, mais a contrairement aux intuitions, des effets anti-surpoids, protecteurs contre le diabète et les risques cardiovasculaires. Les principes actifs du chocolat sont par ailleurs puissamment antioxydants, anti-inflammatoires et immuno-modulateurs.

Les polyphénols de cacao inhibent l’action d’une enzyme – l’indoleamine 2,3-dioxygenase (IDO) - qui dégrade le tryptophane, rendant celui-ci plus disponible pour la production de sérotonine.

La présence de protéines du lait bloque l’absorption des polyphénols.

Autrement dit en cas de fringale et pour remplacer les sucres rapides rien de tel que quelques carrés de chocolat bien noir avec ou sans quelques oléagineux…

L’idée ancienne des artisans de faire du chocolat aux noix ou aux noisettes s’avère avec le recul une excellente idée ! (avec la seule réserve que les chocolats industriels sont en général beaucoup trop sucrés et/ou au lait).

En cas de consommation élevée de chocolat, penser à prendre de la vitamine PP, le nicotinamide, en complément (au moins dans un complexe généraliste – Multidyn/Multigenics Senior, et sous une forme plus dosée si la dysfonction est importante - Nicobion 500), étant donné que l’inhibition de l’enzyme IDO réduit sa synthèse dans le foie.

Becker K et al, Immunomodulatory properties of cacao extracts - potential consequences for medical applications,Front Pharmacol,  2013, 4 : 154 

Silva NR et al, Chocolate consumption and effects on serotonin synthesis, Arch Intern Med, 2010, 170 (17) : 1608

Dans une étude chez 37 femmes saines, la consommation de chocolat élève significativement plus l’humeur qu’une pomme.

Macht M et al, Everyday mood and emotions after eating a chocolate bar or an apple, Appetite, 2006,  46 (3) : 332-6

Revue d’études sur l’utilisation du chocolat comme auto-médication anti-dépressive.

Parker G et al, Mood state effects of chocolate, J Affect Disord, 2006, 92 (2-3) : 149-59

Plusieurs études observent une augmentation de la consommation de chocolat en périodes prémenstruelles, qui sont caractérisées par une dépression du système sérotoninergique.

Le syndrome prémenstruel comprend une augmentation de l’irritabilité et de l’attirance pour le sucré.

Bruinsma K et al, Chocolate : food or drug ? J Am Diet Assoc, 1999, 99 (10) : 1249-56

Une revue de 57 études montre que l’addiction au chocolat (« chocolate craving ») est fortement associée à une tendance générale aux dépendances et aux compulsions, à l’anxiété et la dépression.

Almada AL et al, Chocolate craving, Acta Med Port, 2012, 25 (6) : 442-7

Les fumeurs sont plus sensibles à l’incitation à consommer  du chocolat que les non fumeurs.

Le chocolat noir est donc un substitut utile pour aider au sevrage tabagique.

Styn MA et al, Cue-induced cigarette and food craving : a common effect ? Addict Behav, 2013, 38 (3) : 1840-3 

Lutter contre l’inflammation

L’inflammation, présente dans le surpoids, le diabète, les pathologies cardiovasculaires, les maladies auto-immunes, progressivement croissante avec l’âge, fait l’effet inverse du chocolat : elle active l’IDO  (de même que le cortisol le deuxième messager du stress) la dégradation du tryptophane.

L’inflammation aggrave donc les dysfonctions sérotoninergiques.

Les moyens principaux de lutter contre l’inflammation :

réduire les excès de viandes, pro-inflammatoire à la fois par le fer, l’acide arachidonique et la leucine
les produits laitiers et le maïs trop riches en acides gras oméga 6 et en leucine
consommer plus de fruits et légumes
d’aliments riches en magnésium (eaux minérales, céréales complètes, oléagineux, soja…) et compléments de magnésium
d’aliments riches en polyphénols : outre le chocolat et les fruits et légumes, le thé vert, le thé vert matcha, les jus de myrtille, grenade, cassis (non sucrés)
d’aliments riches en acides gras oméga 3 : huile de colza bio en bouteille de verre, petits poissons gras : harengs, maquereaux, sardines, anchois non salés, crus, marinés, vapeur, pochés à feu éteint…
mieux gérer le poids et le stress, aussi générateurs d’inflammation.

Mangge H et al, Disturbed tryptophan metabolism in cardiovascular disease, Curr Med Chem, 2014, 21 (17) : 1931-7

Comme vous pouvez le constater, on retrouve souvent les mêmes « bons » et les mêmes « méchants », souvent agissant en « bandes ».

Alors, maintenant que vous savez, entourez vous des bonnes « bandes » !

Réduire les viandes

Tous ces sérotoninergiques alimentaires ne seront efficaces que si l’on ne consomme pas trop de viandes, qui bloquent le passage du tryptophane dans le cerveau via leurs acides aminés compétiteurs.

Ceci est d’autant plus important le soir au dîner, pour ne pas s’opposer au rythme chronobiologique.

Pour une personne, comme une femme enceinte, anémiée, ou en enfant en forte croissance, qui a besoin de plus de zinc et de fer qu’un homme ou une femme après la ménopause, il reste important de consommer cette viande plutôt à midi, éventuellement au petit déjeuner, et de privilégier le soir les glucides lents, aux effets sérotoninergiques, calmants.

Le sport

Lorsque j’ai commencé à enseigner la nutrition aux sportifs, entraîneurs et médecins du sport, en particulier aux Antilles, j’ai été très étonné de découvrir que mon image du sportif, sain, extraverti était fausse. La plupart des sportifs de haut niveau s’avèrent être des dysfonctionnels sérotoninergiques caricaturaux.

J’ai commencé de ce fait à mieux comprendre les ravages du dopage dans ce milieu.

Mais leur drogue principale était le sport lui-même.

J’ai pu le constater d’abord chez un médaillé d’or aux Jeux Olympiques, qui dans l’année qui a suivi son arrêt des compétitions a pris 30 kg.Il était devenu un véritable drogué du sucre. Et aux Antilles, pays de la canne à sucre introduite via l’esclavage, tout est plus sucré qu’ailleurs, comme l’ont remarqué quelques députés qui ont essayé, pour le moment en vain, de faire changer cette pratique en obligeant les industriels à s’aligner sur les quantités de sucres métropolitaines – déjà beaucoup trop élevées.

Il avait échangé une drogue pour une autre. Car en effet, en fouillant la littérature scientifique, j’ai pu constater que les activités physiques, d’autant plus si elles sont intenses et prolongées, ont des effets, non seulement sérotoninergiques, mais endorphiniques et anti-dépresseurs, ce qui induit un état de bien être durable.

Et cet effet est encore plus marqué pour les sports en contact avec l’eau comme la natation.

De ce fait, ce n’est pas un simple hasard, qui amène quelqu’un à pratiquer du sport, mais aussi un besoin d’équilibre personnel.

Il est triste de voir que pour les sportifs de haut niveau, les stress associés à une compétition effrénée et à des intérêts économiques, compromettent par ailleurs ces effets équilibrants du sport.

J’ai pu observé d’ailleurs ensuite parmi mes patients des amateurs, aussi addicts au sport que les sportifs de haut niveau, comme ce patient cycliste qui faisait au minimum 100 km par jour, s’était fracturé trois fois le bassin en descendant des cols, mais remontait toujours sur sa bécane ! Après avoir tremblé pendant des années, sa femme avait finit par s’en faire une raison, voyant qu’il ne pouvait pas vivre sans ce régime.

Par contre, hors conditions de compétition et sports extrêmes, la pratique d’une activité physique quotidienne, et en particulier la natation, mais aujourd’hui de nombreux activités peuvent se pratiquer  en piscine : aquajogging, aquacycling, waterpolo, etc…

Ces sports sont par ailleurs – toujours hors conditions extrêmes et de compétition – des effets anti-stress et anti-dépresseurs bien documentés, ce qui contribue fortement à rééquilibrer les rapports entre l’accélérateur des pulsions (la noradrénaline qui monte avec le stress) et le frein des pulsions la sérotonine.

Sur ce plan les sports dans l’eau sont aussi particulièrement efficaces,  et des pratiques de yoga, de chi kung, de méditation, peuvent compléter avantageusement cet arsenal anti-stress.

Dans une étude chez 20 personnes saines et 21 personnes en surpoids, une marche rapide de 15 minutes réduit l’attirance compulsive (« craving ») pour le chocolat.

Oh H et al, A brisk walk, compared with being sedentary, reduces attentional bias and chocolate cravings among regular chocolate eaters with different body mass, Appetite, 2013, 71 : 144-9 

Les outils de gestion du stress

Les moyens de réduire le stress ne sont pas directement sérotoninergiques, mais, en réduisant les montées de noradrénaline, ils améliorent le contrôle pulsionnel et réduisent efficacement la vulnérabilité aux dépendances de tous ordres.

Ces outils sont multiples :

au delà du sport, du yoga, du chi kung, la pratique de la respiration complète, de la cohérence cardiaque, de la méditation – en particulier « pleine conscience », des techniques d’EFT

les massages qui ont des effets aussi sérotoninergiques et endorphiniques

si stress post-traumatique, une thérapie par l’EMDR

d’autres techniques de thérapies brèves, si nécessaire

la prise de magnésium, mieux absorbé s’il est liposoluble, mieux retenu par les cellules s’il est associé à la taurine, qui agit en synergie avec l’arginine modulateur du cortisol (D Stress Booster en sticks, D Stress comprimés) – il est par ailleurs indispensable à l’activation des vitamines B utilisées pour produire la sérotonine)
une cure de vitamines B (les B6, B9, B12) sont les plus importantes car elles interviennent non seulement pour la fabrication de la sérotonine, mais aussi du GABA et de la taurine, neuromédiateurs anti-anxiété (un mois à des doses correctrices suffit : B Complex de Bionutrics ou Metagenics)

Une sexualité épanouie

Une sexualité épanouie a des effets positifs sur les tensions pulsionnelles à la fois par leur satisfaction même, relaxante de ces tensions, par des effets sérotoninergiques et endorphiniques liés par exemple au toucher, et par la forte réduction des attirances compensatoires.

On l’aura compris les nombreux sérotoninergiques sont interchangeables.

Donc des frustrations sexuelles trouvent leur compensation dans la bouffe, le sucre, l’alcool, le tabac, l’embonpoint…dans tous les types de combinaisons possibles.

Il y a un vase communiquant entre l’épanouissement sexuel, mais aussi affectif, culturel, créatif, social et professionnel et la libération des attirances et dépendances pour des drogues de substitution.

Par contre, une focalisation sur un seul type de « drogue », même bonne, peut mener à des excès compulsif. On décrit ainsi depuis quelques décennies une « addiction au sexe ».

Quelle est la différence entre la sexualité épanouie comme «  bonne drogue » et l’ »addiction au sexe » ?

C’est simple. Au lieu d’être choisi pour des raisons hédonistes, dans un éventail varié de sources de satisfactions, le sexe devient une obsession, engendrant des comportements compulsifs, non choisis, et souvent excessifs. Et ceci au détriment des autres dimensions de la réalisation personnelle : santé, profession, finances, autres plaisirs, relations sociales, famille, amour, bonheur, connaissances, découverte et création….

Et évidemment la fixation obsessionnelle sur des conduites sexuelles dangereuses pour soi et/ou pour les autres peut prendre de multiples formes, du jeu du foulard chez les ados à la pédophilie…

Il faut rappeler par ailleurs que la pollution actuelle par les perturbateurs endocriniens dès la vie in utero, et ensuite au quotidien, perturbe  la différenciation sexuelle, et le système neuro-endocrinien qui sous-tend les comportements sexuels.

Ceci interfère chez de plus en plus de personnes fortement avec l’épanouissement sexuel et favorise des addictions compensatoires, toujours les mêmes : la bouffe, le sucre, l’alcool, le tabac, l’embonpoint…

Le recours à une sexothérapie peut être souhaitable dans certains cas.

La créativité

La tension pulsionnelle est loin d’être une tare.

Sans cette surénergie qui peut être canalisée dans de bonnes drogues,  il n’y aurait pas de créateurs littéraires, artistiques, de découvreurs scientifiques ou techniques, de réformateurs de la société ou même de grands sportifs.

La réalisation de soi dans un ensemble plus large de dimensions, sportives, culturelles, sociales, et ceci de manière plus profonde, peut être facilitée par une démarche de développement personnel (lectures, ateliers, stages, coach, thérapeute) et d’expression créative…, de même que par un engagement dans des associations ou des ONG.

Une approche de l’ensemble de ces outils et dimensions sont abordées dans le livre Okinawa, un programme global pour mieux vivre et dans l’accompagnement par télécoaching, Le Parcours Okinawa, intégrée à une appropriation progressive et ludique des habitudes alimentaires qui ont fait le succès des Anciens d’Okinawa, où l’on observe la plus grande longévité au monde en bonne santé.

Education aux « bonnes drogues »

« Quel est le meilleur gouvernement ?

Celui qui nous enseigne à nous gouverner nous mêmes » Goethe

Il est essentiel de faire connaître aux enfants avant l’adolescence où tout explose sous la pression des hormones et du stress de la crise de transition terriblement inconfortable les bonnes drogues qui leur permette d’éviter de tomber dans ce qui ravage l’état de santé et de bien être d’une majorité de jeunes : tabac, alcool, drogues, excès de vitesse, délinquances et autres conduites à risque, toutes liées au mauvais contrôle pulsionnel et au besoin de psychotropes sérotoninergiques.

Les conséquences en santé publique de leur méconnaissance a des répercussions vertigineuses :

surpoids, diabète, pathologies cardiovasculaires, cancers, pathologies allergiques et inflammatoires
surbouffe, alcool, tabac, abus de substances
dépendances de tous ordres : jeu, internet, sexe
accidents de la route – la dernière statistique du Conseil National de la Sécurité Routière révèle que le risque de décès d’un jeune sur la route est multiplié par 4 par rapport aux autres – ne pas leur donner les outils qui leur permette d’échapper à touts ces fléaux est de la non assistance à personne en danger
dépressions anxio-agressives, le seasonal affective disorder (SAD), une dépression à tonalité sérotoninergique qui apparaît à l’automne lorsque la luminosité baisse
violence, prison, homicides, suicides – dont les incidences n’ont jamais été aussi élevée chez les ados et commencent même à toucher les enfants.

J’ai eu l’occasion de tenter d’expliquer, une fois à des députés à l’Assemblée Nationale, une fois à des sénateurs au Sénat, le lien entre mauvais contrôle pulsionnel, attirance pour le sucré, alcool, tabac, cannabis et accidents de la route chez les jeunes… et l’urgence de passer une information-formation sur ce sujet dans les écoles primaires et les collèges avant l’adolescence.

Mais le message semble avoir été…  inaudible, en tous cas resté sans réponse – quant à ces députés, quant aux sénateurs, quasiment tous ventripotents, leur attention était visiblement distraite par les stands de vins et champagnes gracieusement amenés sur place par les viticulteurs !

Etais-je au Sénat au dans un cénacle ?

Par ailleurs nombre de pathologies n’existent

que sur le terrain de la dysfonction sérotoninergique :

syndrome prémenstruel
dépression du pré- et post-partum
hyperactivité et certaines formes d’autisme
anorexie/boulimie
TOC
recto-colite hémorragique
fibromyalgie

A l’adolescence il est beaucoup plus difficile de faire passer un tel message et d’aider à l’appropriation d’outils alternatifs,non toxiques.

Il existe par ailleurs de programmes spécifiquement formatés de prévention des dépendances pour les jeunes comme le Life Skills Training développé par le Dr Gilbert Botvin, professeur de santé publique aux États-Unis,, le programme allemand Halt…

La prévention de la dépendance au sucre et aux autres drogues commence de fait in utero.

En effet ce que mange la mère pendant la grossesse est gustativement perçu par le fœtus. Si elle mange surtout des aliments sucrés, salés, gras de l’industrie agro-alimentaire, son enfant aura nettement plus de chances d’être conditionné dans ce sens, puis d’être dans l’enfance « néo-phobique », rivé aux pains, biscuits, gâteaux, purées, pâtes et refusant la diversité, puis progressivement accro au sucre, aux sodas sucrés et aux produits addictifs concoctés dans les laboratoires d’organolepsie (une technologie pour rendre addictifs les produits vendus dans laquelle les multinationales engloutissent des milliards d’euros car… cela en rapporte encore plus).

La même chose se répète avec l’allaitement (si l’enfant a la chance considérable d’être nourri au sein au moins quelques mois),les goûts des aliments consommés par la mère passant  aussi en partie dans le lait.

Il est essentiel d’informer les mères que ce qu’elles choisissent de manger pendant la grossesse et l’allaitement a des répercussions majeures sur l’éducation nutritionnelle précoce au goût et le développement du comportement alimentaire de leur enfant.

S’ajoutent à cela d’autres facteurs très importants.

La montée considérable des oestrogènes pendant la grossesse entraînent des surutilisations massives de vitamine B6 et de magnésium, ce qui réduit puissamment les capacités à produire de la sérotonine, non seulement chez la mère, chez qui cela peut entraîner des attirances violentes pour certains aliments, puis une dépression du pré- ou du post-partum dans lesquelles on retrouve les caractéristiques anxio-impulsives de la dystonie sérotoninergique, mais aussi chez l’enfant qui peut naître plus irritable, intolérant aux frustrations et vulnérable aux dépendances.

Au départ la quasi totalité des femmes en âge de procréer ont des apports alimentaires inférieurs aux apports recommandés en magnésium et vitamine B6. L’explosion oestrogénique ne fait qu’amplifier la chose. Et elle affecte aussi la vitamine B9 qui intervient dans la production de sérotonine.

Ceci a été démontré par plusieurs chercheurs, dont l’américaine Kirksey qui a démontré que les mères supplémentées en vitamine B6 avaient des enfants plus calmes, qui pleurent beaucoup moins.

A l’inverse, des antagonistes de la vitamine B6 ou de la vitamine B9, comme certains médicaments peuvent aggraver les risques de dysfonctions sérotoninergique et chez la mère et chez l‘enfant.

Pour reprendre l’exemple vécu de mon frère, notre mère a été touchée par la tuberculose quand elle était enceinte de lui. Elle a reçu un médicament appelé isoniazide qui a de puissants effets anti vitamine B6.

Or, mon frère est né très irritable, violent… Nos parents m’ont raconté que tout petit, il éventrait les peluches, découpait les rideaux avec des ciseaux, etc… Ce qui lui a valu des fessées, ce qui n’était certainement pas la meilleure façon de l’aider…

Cela a empiré avec l’âge et il a fini par devenir alcoolo-tabagique et se suicider, après une série invraisemblable de conflits et d’accidents (fractures, accidents de voiture, etc…).

Or aujourd’hui, si les femmes enceintes reçoivent de la vitamine B9 pour réduire les risques de malformation neurale, elles ne reçoivent pas le magnésium nécessaire pour l’activer, ni la vitamine B6 dont les besoins passent de 2 à 10 mg par jour, selon les experts.

Il est urgent que les médecins et les sages femmes soient informés des nécessités de complémenter pendant la grossesse avec des compléments plus complets.

Enfin, la pédiatre Marie Thirion, attire l’attention sur le fait que pendant le premier mois de la vie, les pleurs du bébé sont associés à un stress aigu associé à un violent orage de noradrénaline et de cortisol. Elle plaide pour la mise au sein de l’enfant qui pleure, avant de l’aider progressivement au bout de quelques semaines à patienter et à maîtriser ses paniques. Si cela n’est pas fait, cela induit une insécurité   et un conditionnement qui vulnérabilise fortement aux dépendances.

J’ajouterais que l’allaitement est non seulement un aliment irremplaçable par aucun lait artificiel et un transfert d’immunité par des cellules et des anticorps, mais aussi une nourriture neuro-hormonale (ocytocyne, endorphines) qui jette les bases de la sécurité et de la capacité de la personne à oser sortir du connu, à apprivoiser la diversité des sources de plaisir dans le réel, à l’opposé de la compulsion stéréotypée sur le sucre, les aliments industriels, etc… Sa durée optimale devrait être entre 2 et 4 ans, même si évidemment, à partir du 5ème mois, il fait diversifier. Les scores de l’allaitement en France sont quasiment les plus mauvais d’Europe.

Quand le temps du sevrage arrive, il ne doit pas être brutal, mais progressif et conserver l’accès au contact physique, même s’il n’y a plus de tétées.

Après la révolution de l’accouchement sans violence, il est temps de lancer une révolution du sevrage sans violence.

A défaut, nous engendrons des générations d’enfants insécures, qui ont du mal à sortir de leur niche d’habitudes, à se construire, à innover, et victimes de dépendances multiples.

Pour en savoir plus :

Dr Marie Thirion, Pourquoi j'ai faim ? De la peur de manquer aux folies des régimes, Albin Michel, 2013

Certains enfants ont une attirance marquée pour le sucré www.lanutrition.fr/les-news/certains-enfants-ont-une-attirance-marquee-p...

Valérie Espinasse, J’arrête le sucre, First, 2015, des explications et un coaching dans lequel il faudrait intégrer les outils présentés dans cet article.

Isabelle Wijers Buffet, Acteur de sa vie - Développer l'Empowerment                                                                                                                      www.dependances.net, site d’un thérapeute spécialisé utilisant les techniques de la PNL et de l’hypnose ericksonienne           www.dependances.net/alcoolisme.htm                                                                                                                                                                                             Damian Thompson, The Fix, HarperCollins, 2013;  www.thefix-book.com; www.thefix.com                                                                                                                  Huerre P et al, Alcool et adolescence. Jeunes en quête d’ivresse. Paris. Albin Michel, 2007                                                                                                                                                                                                                                         INSERM, Santé des enfants et des adolescents : propositions pour la préserver, Expertises collectives. 2009
INSERM, Alcool dommages sociaux, abus et dépendances,Expertises collectives. 2003
INSTITUT SUISSE DE PRÉVENTION DE L’ALCOOLISME ET D’AUTRES TOXICOMANIES (ISPA), L’alcool. Un bien de consommation peu ordinaire. Une synthèse du livre éponyme de Thomas Babor  et autres. Quelles sont les mesures efficaces en matière de politique de l’alcool ? Lausanne, 2006  www.sfa-ispa.cJeammet P, Pour nos enfants, soyons adultes, Odile Jacob. Paris. 2008
Le Breton D, L’adolescence à risque, Paris, Éditions Autrement, 2002       
Legleye S et al, Les drogues à 17 ans - Résultats de l’enquête ESCAPAD, 2008
Zabraniecki, AZ,  Ivresse et risque à l’adolescence : Étude cas-témoin d’une population hospitalisée, Thèse de médecine Université de Limoges, 2010                                                                                                                                                                                   Picherot G et al, L’alcoolisation des adolescents : une précocité inquiétante, Archives de pédiatrie,  2010                                                                                                         OMS, Stratégie mondiale visant à réduire l’usage nocif d’alcool, 2010     

Par ailleurs, quel que soit l’âge, il est essentiel de comprendre qu’aucune des ces « bonnes drogues » seules n’est capable de mener ni à maîtrise pulsionnelle, ni à la réalisation de soi.

Nous sommes des êtres multi-dimensionnels, comme l’avait déjà noté des penseurs comme Abraham Maslow et Carl Rogers, les fondateurs de la psychologie humaniste.

"Traitez le gens comme s'ils étaient ce qu'ils pourraient être et vous les aiderez à devenir ce qu'ils sont capables d’être" Goethe

Il est donc fondamental de varier ses drogues afin d’échapper aux risques de dépendance et de répondre à l’ensemble de ses besoins, sans que la réalisation de l’un ne nuise à la réalisation des autres. Il s’agit de viser la complétude, ce qui est à l’exact opposé de la compulsion.

Or l’idéologie actuelle qui domine encore notre société compétitive, techno-réductionniste est addictogène, et favorise les dépendances de toutes sortes aux dépends des dimensions complètes de l’individu.

Ainsi observe-t-on de plus en plus de « workoholics », addicts au travail, aux dépends de leur santé, de leur famille, de leur vue culturelle, etc…au point d’aboutir à des burn out ou des fibromyalgies, devenu en France une véritable « épidémie »,  aux coûts humains et sociétaux vertigineux, autant que l’on observe de plus en plus d’addicts à n’importe quoi : le café, le Coca-cola (inventé par un pharmacien héroïnomane pour remplacer sa drogue dure !), le Nutella, la télévision, les jeux vidéos, internet, le porno, le shopping, le vol (kleptomanie) et bien évidemment, beaucoup de médicaments,   en tête anxiolytiques somnifères et autres psychotropes, dopants, drogues plus ou moins dures…., un phénomène qui est loin de ne toucher que les ados, puisqu’on y constate des enfants de plus en plus jeunes,  des adultes, des seniors…

Au-delà des effets délétères de ces dépendances, elles ont pour inconvénient majeur de ne compenser que très ponctuellement les frustrations.

Comme le cerveau compte les calories, ce qui entraîne une surconsommation d’aliments marketés comme « allégés », donc complètement inefficaces contre le surpoids (sans compter qu’une étude montre que les sodas sans sucre, édulcorés, augmentent de manière significative le diabète) – les édulcorants ne sont donc pas une solution au sucre, la personne capte bien en profondeur que ses besoins réels restent non réalisés, ce qui amène à une baisse de l’estime de soi, parfois de la culpabilité, particulièrement accusée dans la boulimie, mais aussi observée dans beaucoup d’autres dépendances. Cet inconfort psychologique, un stress, aggrave la vulnérabilité aux dépendances.

"Le bonheur c´est comprendre que la plus grande perte, c´est ce que nous laissons mourir en nous pendant notre vie et non la mort en elle-même" 

Autrement dit comme les fameuses « calories vides » du Professeur Trémolières ne peuvent pas remplacer les aliments sains, riches en vitamines, en minéraux, en polyphénols, en acides gras protecteurs comme les oméga 3…, les « drogues vides » : sucre, surbouffe, alcool, tabac, achats compulsifs ou pour le « look » etc… ne peuvent pas se substituer à la réalisation de ses désirs profonds, authentiques, sexuels, affectifs, sociaux, professionnels, sportifs, culturels…, riches en valeurs vraiment nourrissantes d’une image positive de soi et entraînant des retours valorisants de la part des autres… Le faire équivaut à un renoncement à la « vraie vie » dont parle Edgar Morin, à « suicide à petit feu ».

La dépendance au sucre, rarement isolée, a ses inconvénients en soi. Elle est aussi révélatrice d’un terrain global de vulnérabilité à toutes les dépendances, un signe d’appel qui devrait inciter à s’investir dans une démarche d’amélioration de la gestion des pulsions, de libération des risques de comportements non choisis, dont les risques peuvent être encore plus importants.

Car cette vulnérabilité aux dépendances a des conséquences personnelles, sanitaires, économiques et sociales extrêmement dangereuses, à un moment où nous nous retrouvons face à des challenges d’ampleur inédite :

* réchauffement climatique, montée des eaux, érosion des côtes, intensification des catastrophes naturelles, stress hydriques
* effondrement de la biodiversité et des pollinisateurs, espèces invasives
* pollution de l’air, de l’eau et de l’ensemble de l’environnement
* transition énergétique, épuisement des ressources
* crise économique, chômage
* risques de crise alimentaire
* santé publique dans le rouge (surpoids, diabète, cancers, intolérances alimentaires, pathologies auto-immunes, hyperactivité et autisme, troubles psychiatriques…), nouvelles épidémies
* flux migratoires, communautarisme, fracture des générations, montée des intolérances (intégrisme, nationalisme, populisme…), terrorisme, bande continue de pays en guerre du Nigeria au Pakistan… et où, les gouvernants étant largement dépassés, les contributions de chacun sont vitales !

Compléments alimentaires et autres aides pour se libérer de la dépendance au sucre et autres psychotropes sérotoninergiques

Outre le magnésium et les vitamines B qui sont la première base complémentaire pour rééquilibrer le rapport entre l’accélérateur et le frein des pulsions, on peut avoir à utiliser :

Le nicotinamide ou vitamine PP. Grâce à un psychiatre anglais, on a découvert que son administration épargne du tryptophane qui sinon se transforme dans le foie pour le fabriquer (voie des « kynurénines »). Lorsque l’on donne des doses de 500 mg à 1 g, le tryptophane qui n’est pas transformé du coup dans le foie, reste en circulation et est disponible pour passer dans le cerveau et permettre la production de sérotonine cérébrale (en France Nicobion 500).
le lithium à des doses supérieures aux doses utilisées en oligothérapie et à des doses inférieures aux doses utilisés en psychiatrie dans la psychose maniaco-dépressive (PMD) est capable de détacher du tryptophane de l’albumine, augmente au bout d’une semaine la synthèse de sérotonine dans les neurones et réduit l’hyperactivité des autres circuits neuronaux, souvent sur-sollicités (c’est cet effet qui prédomine dans l’efficacité anti-manie du lithium).

Mais malheureusement son usage est délicat car il peut favoriser des insuffisances rénales et il peut engendrer d’autres effets secondaires. Il faut donc le réserver à des cas particulièrement difficiles.

Il reste encore comme appoints :

La luminothérapie qui inhibe le matin la production de mélatonine. Or la mélatonine est un dérivé de la sérotonine dans la glande pinéale. La luminothérapie permet donc une épargne de tryptophane au profit des circuits sérotoninergiques. Aussi favoriser le matin les éclairages naturels. Trop d’environnements : intérieurs, école, travail sont insuffisamment lumineux le matin. D’autant plus que c’est la lumière bleue, non présente dans les éclairages traditionnels qui inhibe la sécrétion de mélatonine.
La mélatonine peut être directement donnée, mais que le soir, puisqu’elle est le chef d’orchestre de la chronobiologie, normalement sécrétée après le coucher du soleil et la fermeture des paupières. 3 mg une heure avant le coucher ou au coucher.

Eviter de s’exposer le soir aux lumières d’écran ou les filtrer soit avec une protection collée sur l’écran soit avec des lunettes,  car tous les écrans (ordinateurs, téléphones, jeux vidéos…), diffusent de la lumière bleue, ce qui réduit la quantité de mélatonine produite.

La prise de mélatonine épargne aussi du tryptophane au profit des circuits sérotoninergiques, tout en favorisant le sommeil et en jouant un rôle anti-âge, car c’est un puissant antioxydant.

Des travaux préliminaires indiquent que la prise d’ocytocine en spray nasal (l’ocytocine est l’hormone de l’empathie, intensément sécrétée à la naissance et pendant l’allaitement et chez la mère et chez l’enfant,  aussi lors des relations affectives et amoureuses), a des effets positifs dans la dysfonction sérotoninergique, mais, malgré quelques résultats positifs, par exemple dans l’autisme, on manque encore d’études cliniques et on en est encore au stade expérimental.

Raphaelle Mottolese et al, Switching brain serotonin with oxytocin, Proc Natl Acad Sci U S A, 2014 Jun, 111 (23) : 8637–8642

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